Ne dites jamais…2

Posted on 16 janvier 2016

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lgjmp72

Il y a toujours eu plein de bestioles peuplant mon univers – univers limité certes, mais on dira que ; ma chatte bien sûr, jusqu’à ce qu’on ne me la vole, une cigale cherchant la voie de la sagesse auprès d’un oliphant hibernant, une fourmi jouant à la cigale, mais qui chante beaucoup plus mal, un canard, qui passera sa vie à se demander comment il a pu enfanter un cygne noir – mais il ne connaît pas plus que moi l’adresse de l’esprit saint, des araignées qui me chatouillent le plafond en se faisant des mamours… et j’oublie toutes celles qui sont parfois juste de passage pour me dire un petit coucou – tiens, j’allais l’oublier, lui – comment va la vie ?

72jmpsept2015_4927Mais lorsque je suis mort, et même après que les médecins m’aient fait revivre pour me plonger dans le coma, exit de toutes mes bestioles, comme exit de mon univers, et de tout univers d’ailleurs. Je ne devais pourtant pas être loin parce que lorsqu’une infirmière m’a réveillé et m’a demandé si je savais où j’étais, évidemment que je m’en souvenais, tu me prend pour un triple idiot, mamie ? Je me suis levé ce matin, pris une douche, puis on m’a mis sur un brancard et conduit dans une salle d’opération, et après quelques manipulations et autres injections, zip, je me suis endormi. Endormi à l’hôpital Tenon, je me réveille à l’hôpital Tenon, logique non ? A moins que je sois devenu ubiquiste ! Mais la voilà qui me dit « non monsieur, vous êtes à l’hôpital Bichat ». C’est bien ce que je pensais, logique j’étais, logique je suis, puisque je ne comprends pas ce que je fiche à Bichat, ni comment j’y suis arrivé. Puis vient la question fatidique, « savez-vous quel jour nous sommes ? » Alors là, ma logique me dit qu’il y a un truc, qu’il vaut mieux je ne réponde pas, que je risque de dire des conneries.

Alors on m’explique, je suis arrivé à Bichat dans un camion de pompiers et je suis en réanimation, trois jours ont passé depuis l’opération ; trois jours qui se sont bien passés, contrairement à l’opération pendant laquelle vous avez fait un ACR. Un quoi que je demande. « Un arrêt cardiaque et respiratoire, mais on a fait repartir le coeur et vous a plongé dans un coma provoqué, et combien que j’ai de doigts ? » Si je sais toujours bien compter, cinq, mais dites-moi si cela vous fait trop, il y a plein de gens qui en manquent… 

Evidemment, le dialogue fut un peu moins drôle, et je me contentais de m’endormir à nouveau, mais cette fois, de ma propre volonté, laissez-moi donc pioncer un peu, pour une fois que je dors spontanément ! Quelques petites périodes de réveil, des mains dans les miennes, des yeux qui pleurent en faisant semblant que non, des tuyaux un peu partout, des médecins, des infirmiers, et puis du bruit, merde que de bruit ! On se croirait dans une machine à laver que l’on a oublié de remplir de flotte et qui se cogne contre d’autres machines à laver, il doit même y avoir quelques lave-vaisselle, et je ne vous raconte pas la tronche de la vaisselle s’ils arrêtent un jour tout ces bruits.

Puis je commence à émerger un peu, on m’enlève des tuyaux de la bouche, on essaye de me faire manger, mais beurk ! Immangeable ! Tout ce qu’on me donne a le même goût. Puis stop, basta ! Ras le bol de dormir, je suis redevenu insomniaque, c’est que je vais nettement mieux ! J’essaie de me lever du lit, deux infirmiers autour de moi, je comprends vite pourquoi, j’ai les jambes comme un malabar trop mâché, et m’emmêle dans les perfusions. Mieux vaut que j’ailler cuver mes insomnies au lit. J’attendrai l’an prochain pour aller saluer le père noël. Et ainsi s’est passé le joyeux anniversaire du titi jésus, mais tant pis pour lui ! Après tout, depuis bientôt deux mois que je suis à l’hôpitaux – ouais, c’est déjà le troisième – j’ai bien passé mon anniversaire à moi au lit, et comme c’est parti, probable que j’y serai encore au nouvel an. Et en effet le nouvel an aussi.

Barbara disait que dormir c’était mourir un peu et qu’une nuit, après avoir tenté de noyer ses insomnies, elle s’était réveillée entre deux pompiers. C’est pour ça que j’ai horreur de dormir, d’ailleurs les pompiers qui m’on amené d’un hôpital à un autre après que mon coeur soit allé voir ailleurs si j’y suis, ne m’on même pas réveillé, z’ont pas dû mettre la sirène assez fort, les salaupiauds. Pourtant, comme la plupart des gens, j’ai dû vouloir être pompier quand j’étais môme. Tant pis, je me consolerai en écoutant la fourmi chanter lors de mes prochaines insomnies. Puis lorsque la cigale aura fini de chercher vainement la sagesse auprès de l’oliphant, elle pourront essayer de former un choeur, ou un coeur. Tiens, le coeur, ça me rappelle quelque chose…

Mais la suite sera pour une autre histoire. Je ne savais pas que c’était aussi crevant de mourir…

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