Ne dites jamais… 5

Posted on 8 février 2016

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lgjmp72

Chacun sait aujourd’hui que lorsque vous avez les dents bien élimées, si vous mordez dans un morceau de gruyère, vous y faites un trou. Or, plus il y a de trous dans le gruyère – sauf s’il est râpé – plus il s’aère de l’intérieur, ce qui le rend plus savoureux, mais qui le réduit proportionnellement au nombre de trous que vous y faites, et à leurs tailles respectives ; ce qui explique que le morceau de gruyère le meilleur soit celui où la quantité de trous – et un peu leur qualité aussi – l’a réduit à néant, et que dès lors l’on ne peut plus parler de morceau, le fromage n’étant plus qu’un amas, ou disons un tas de trous – en apparence du moins puisqu’il se trouve en fait provisoirement réduit à l’état de hachis de gruyère dans votre estomac. D’où un double paradoxe que vous pouvez facilement résoudre en ne mangeant que du gruyère râpé – encore que le râpé, étant lui-même constitué de morceaux de gruyère dont on s’est efforcé de masquer les trous, si vous voulez vraiment éviter le paradoxe des trous du gruyère, mangez plutôt un bon morceau de clacos, le paradoxe des morceaux étant plus facile à résoudre, Eubulide, un grec ancien, l’ayant déjà fait, mais ne me demandez pas comment, il faudrait que je me renseigne avant de répondre, je sais simplement que c’est une histoire de coulance du camembert que vous pouvez élucidez si vous remplacez le camembert par du fromage blanc. Or, contrairement à certains, le père fondateur des hôpitaux n’était pas un père blanc, il était normand – et probablement jésuite – ce qui explique que je puisse lire sur ma boîte de fromage blanc qu’il est fabriqué avec du beurre de normandie, et fait passer pour des imbéciles tout ceux qui, comme moi, pensaient que le beurre en question était plutôt du beurre de vache,  et peu importe que la vache soit normande, jurassienne – comme le beurre à gruyère – ou chinoise, comme le beurre de panda. Beurre à fromage blanc qui, comme l’indique encore ma boîte – conçue, elle, avec du plastic – soit également façonné par des maîtres laitiers, en Normandie, d’où l’on se fiche de savoir si ces maîtres es laiteries soient chinois ou jurassiens du moment qu’ils passent en Normandie de temps à autre, le temps d’y extraire le lait de la vache afin d’en tirer le beurre qui… je ne sais plus trop quoi d’ailleurs… ah oui, servira à concevoir le clacos, le fromage blanc, le gruyère, et plein d’autres trucs, comme par exemple le beurre de charité, ou de carité, ce qui revient au même.

Bref, tel était le genre de choses auxquelles je m’efforçais de songer vendredi lorsque les médecins s’efforçaient eux-mêmes de contenir les derniers émois de mon coeur à qui il n’avait pas suffit de s’arrêter avant de repartir sans me laisser d’encéphalite, mais à qui il avait plu de se boucher une artère, histoire de me rappeler au retour celle des trous du fromage. Trous du coeur – à ne pas confondre avec ceux de mon… – que ces médecins tentaient de déboucher en toute illogique, puisque pour ce faire, ils devaient élargir un trou déjà existant – ce qui est en soi assez stupide, mais c’est ainsi, le trou de mon artère étant devenu trop étroit pour, non seulement, rendre mon coeur aussi savoureux qu’un bon gruyère, mais pour y laisser passer le sang, ce qui est une manière comme une autre de passer le temps, de même que ma manière à moi de le passer était de compter les trous du gruyère ; manière bien plus amusante que de vous demander à quel moment les médecins vont foirer et vous envoyer à nouveau contempler la couleur des racines des pâquerettes ; couleur qui, vue d’en dessous doit être aussi sombre que celle d’une des portes du paradis – à cette différence près néanmoins que lorsque vous vivez, il vous suffit de déterrer une pâquerette pour connaître la couleur de ses racines, alors que mort, il vous faudra une éternité afin de ne jamais trouver l’ombre d’un coin d’une porte de paradis et une autre éternité pour en déterminer la couleur, éternité qui ne vous sera jamais donnée tant que vous vivrez, sauf si vous jouez chaque jour au loto ; et dont je me fiche d’ailleurs d’ailleurs, ne jouant pas au loto, de même que je me fiche de savoir de quelle nuance de gris est la porte d’une prison, ceci n’étant qu’une histoire de roman à l’eau de rose qui n’a aucun rapport avec les pâquerettes, leur couleur, ou avec les trous du gruyère.

Bref, l’illogisme faisant parfois bien les choses, celui de mes médecins est parvenu, cette fois, à me déboucher le trou du coeur sans me laisser dans un trou noir où aucune étoile n’est à contempler, et je vais ainsi pouvoir continuer à emmerder le monde et ses satellites pendant quelque temps.

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